
CÍMLAP
Jakab Emil Wiesner
Histoire de la librairie hongroise
PRÉLIMINAIRE
L'histoire de la librairie est intimement liée à l'histoire de la
littérature et du développement intellectuel en général; elle en est
pour ainsi dire le complément indispensable. II en a été ainsi partout
et toujours, et la Hongrie ne saurait faire exception à la regle,
bien que notre librairie n'ait pas toujours marché de pair avec le
développement des lettres. L'histoire de notre littérature nous montre
déja un nombre considérable de coryphées de notre génie national dont
les oeuvres, tant prose que poésie, lançaient au loin leur éclat
triomphant tandis que notre librairie, encore dans l'enfance, essayait
avec timidité ses premiers pas chancelants.
Charles Kisfaludy fit paraître, en 1832, l'annuaire des belleslettres
"Aurora"; le comte Étienne Széchényi fonda en 1825 l'Académie hongroise des
sciences; toute une pléiade de poètes et d'écrivains se lancèrent
dans la littérature avec autant de talent que d'émulation enthousiaste.
François Kazinczy, les deux Kisfaludy, Michel Vörösmarty, François Toldi,
Joseph Bajza et plus tard Jean Arany et Alexandre Petőfi nous donnent dans
leurs écrits un aperçu de ce qu'était la vie littéraire. Et cependant nous
lisons dans la biographie de Charles Geibel, qu'en 1841, lorsqu'il fonda sa
maison de commerce, sa librairie n'était que la neuvième qui existat
à Budapest. A part lui il y avait donc huit commerçants qui
s'occupaient de la vente des livres, c'étaient: Joseph Eggenberger et
fils, Adolphe K. Hartleben, Gustave Heckenast, Sigismond Ivanits (surtout
bouquiniste), Kilian & Co., Kilian & Weber, Joseph Leyrer et Joseph
Müller. On trouve des dates encore plus caractéristiques sur l'état de la
librairie à cette époque, dans l'année 1842 du "Börsenblatt".
Un libraire de cette époque, Joseph Benczur écrit, entre autres
choses: "En Hongrie, y compris la Transylvanie, sur un espace de 5902
milles géographiques carrés il y a (1842) une population de 15.350,000
âmes, soit 2600 par miile carré. Et sur cet immense espace que la
nature a comblé de tant de richesses, indépendamment de quelques
petits relieurs et de quelques épiciers de la province qui s'occupent
un peu de la vente des livres, le nombre des librairies proprement
dites ne dépasse pas 30. Chaque librairie a donc un champ d'action de
200 milles carrés avec une population de plus de 500,000 âmes.
Nous ne devons pas nous étonner de voir la librairie rester dans cet état
de stagnation. C'est l'époque de la renaissance de notre littérature qui
doit son origine à l'infatigable ambition et à un développement
presque surhumain de forces de quelques écrivains. Pour rendre cette
littérature spontanée populaire et former un public qui la comprenne, le
temps est indispensable.
La librairie hongroise peut, à juste titre, jeter un regard empreint
de fierté sur son passé, car elle a combattu avec succès pour le livre
hongrois, et elle a groupé autour d'elle, si l'on considère les
10.000,000 de magyars (nous comprenons par là ceux dont la langue
maternelle est le magyar) une puissante phalange qui lui permet de
concevoir les plus glorieuses espérances pour l'avenir. Sur ce
terrain bien préparé la semence promet une riche récolte.