Tétel adatlapja

CÍMLAP

Timár György

Heures fauves

TABLE DES MATIERES, PRÉSENTATION



Table Des Matieres

TRADUIRE
PREPARATIFS
LAC NOCTURNE
BANLIEUE HONGROISE
AU VERGER
CRI INCORPOREL
GRAVURE D'AOUT
MENACE
HEURE FAUVE
DIMANCHE D'OCTOBRE
ABRI
SURSIS
OMBRE IMPOSSIBLE
LA CHASSE
RUINE
RETROSPECTIF
LE CAUCHEMAR
SOLITUDE NOIRE
GUERRE
PASSAGE
TILLEULS
JEROME BOSCH AU VINGTIEME SIECLE


Présentation

Un écrivain qui choisit d'écrire en une autre langue que la sienne doit, bien sûr, en connaître toutes les ressources, tous les manques et tous les pièges. Si c'est un poète qui fait ce choix, la somme de connaissances linguistiques qui est de lui requise n'est rien à côté de l'espèce de transmutation qu'il lui faut accomplir, toute poésie étant en quelque sorte le langage secret, toujours en train de s'inventer et de se remettre en cause, de la langue où elle est née et qui, seule, lui pouvait donner naissance. Et qu'on ne puisse traduire qu'approximativement un poème, à plus forte raison s'il se plie aux lois de sa prosodie nationale, tient à l'impossibilité de faire coïncider des harmoniques qui ne se ressemblent pas.

Je ne rappelle ces évidences que pour mieux marquer la victoire remportée par Georges Timár. Victoire double car, non seulement il a su assimiler les harmoniques de notre poésie, et aussi bien les plus anciennes que les plus récentes (on notera, ici et là, un ton à la Villon), au point de les utiliser sans dérapage, mais encore et surtout il a su obtenir d'elles qu'elles régissent avec naturel et bonheur un domaine mental et physique qui appartient à sa poésie et à sa langue natales. Et dès lors on ne peut parler d'emprunt, mais bel et bien d'apport.

Que nous apportent donc ces Heures fauves? Eh bien, précisément à l'heure où la plupart des poètes français ont renoncé à se faire les griffes sur le réel, l'exemple d'un réalisme passionné.

Réalisme "sans rivages", au demeurant, puisqu'il rend compte aussi bien du "pays sans je", qui est celui du cauchemar, que du "crépi de l'histoire", et aussi bien du "poids immobile / des arbres désarmés / qui savent" que du "fondu-enchaîné des temps".

Ce réalisme-là est une constante majeure de la poésie hongroise. Pour nous en tenir au XIXe et au XXe siècles, le Jean le Preux, de Sándor Petőfi, qui est pourtant une apologie du merveilleux, en est plein. Il accompagne et soustend aussi bien l'oeuvre visionnaire et quelque peu sulfureuse d'Endre Ady que celle, farouche et tendre, d'Attila József. On en voit même des traces indélébiles chez des poètes qui, comme Lajos Kassák, combattirent aux avant-postes du futurisme, du dadaïsme et du surréalisme. De Gyula Illyés à Sándor Weöres, je pourrais citer maints autres poètes hongrois qui, de nos jours, et leurs héritiers les plus récents font de même, entretiennent chez eux cette constante réaliste dont on cherche en vain, depuis le XVIIe siècle, l'équivalent chez nous. Puissent les poèmes en français de Georges Timár nous rendre le goût de cette source enfouie.

A ces poèmes concis et denses, éminemment visuels et souvent incisifs comme des gravures, pleins au surplus de traits dramatiques ou cruels directement repris d'une époque, la nôtre, dont la peinture requerrait la collaboration de Bosch, de Callot et de Goya, à ces poèmes, dis-je, les poètes français reconnaîtront en tous cas assez de force et d'invention pour les aimer et les répandre. Ils ne feront là que rembourser faiblement Georges Timár qui a tant fait pour répandre les leurs dans sa langue.

Jean Rousselot.


  
×