Joseph Joûbert
Un héros hongrois
François Rakoczy II. prince de Transylvanie
Introduction
Le 17 janvier 1688 un spectacle grandiose et émouvant à la fois se déroulait devant les remparts de la forteresse hongroise de Munkacs, assiégée depuis des années par les troupes autrichiennes du général Carafa. Toute la valeureuse garnison, qui, après sept semaines d'un formidable bombardement, venait de capituler avec les honneurs de la guerre, était rangée en ligne, fière et triste à la fois, drapeaux déployés, tambours battants, prête pour la dernière parade et attendant les adieux de son chef vaincu non sans gloire.
Qui allait donc passer en revue ces intrépides défenseurs de la citadelle, pendant des mois criblée de grenades et de mitraille par la fureur des assiégeants? Un prince, presque un enfant, revêtu de l'élégant costume national, sur la tête aux boucles soyeuses le kalpack surmonté de l'aigrette, sabre au poing, portant la masse d'armes ornée de pierreries, se grandissant sui son petit cheval, qui caracolait tout fringant. Et ce général de douze ans, solide dans les étriers, l'air crâne, la parole un peu émue, mais vive, harangua comme un vieux reître ces capitaines défigurés ou mutilés, ces rudes soldats aux traits amaigris par les rigueurs d'un long siège, dont le jeune guerrier avait si courageusement partagé les fatigues et les dures privations.
C'était François Rackoczy II, le futur héros de la "Guerre d'Indépendance" destiné à incarner dans sa célèbre personnalité l'âme ardente de la Hongrie, l'impétueux patriotisme des Magyars!
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