La plaque commémorative Klapka à Genève inaugurée le 10 Juillet 1908 par la Hungaria Société des Étudiants Hongrois à Genève
TABLE DES MATIÈRES:, PRÉFACE
Table des matières
A. de MÁDAY: Préface
Z. de KERESZTSZEGHY : Notes biographiques relatives au séjour de Klapka à Genève
G. FAZY: La "Banque Générale de Crêdit foncier et mobilier" et Georges Klapka
Gy. de RÁKOSY et Ch. RINGBAUER: Histoire de la plaque commémorative Klapka
I. Les préparatifs
II. L'inauguration
Discours de M. A. de MÁDAY
" " M. PIGUET-FAGES
" " M. G. FAZY
" " M. G. de KLAPKA FILS
III. La plaque
IV. Le banquet
G. LAMPÉRTH: Ode à Klapka
Appendice
Préface
À notre époque où le manque de confiance à l'égard des progrès de la civilisation devient de plus en plus fréquent et où l'oeuvre de la Révolution française, encore méconnue par les uns, est déjà oubliée par les autres - nous le croyons opportun de dédier ces pages à la mémoire d'un homme qui a consacré les plus belles années de sa vie à l'effort, de faire participer sa patrie aux bienfaits que seuls les principes de la liberté, de l'égalité et de la fraternité sont à même d'assurer.
La personnalité de Georges Klapka est inséparable de l'histoire de la Hongrie en 1848/49. Pour la comprendre, il faut connaître l'oeuvre à laquelle il s'est voué, pour admirer son épopée héroïque, il faut apprécier la lutte tragique du peuple dont il était le plus fidèle défenseur.
C'est en 1848, que s'accomplit la démocratisation de la Hongrie, préparée depuis vingt ans, par une agitation politique tenace et facilitée par l'influence immédiate de la révoluton de février à Paris.
Avant 1848, la Hongrie vivait encore sous le joug du régime féodal. - Le Baron Joseph Eötvös, le politicien-penseur, écrivit en 1846 un livre intitulé "La réforme en Hongrie", exposant les causes, qui exigeaient une transformation radicale de la constitution sociale du pays. A cette époque, sur 11.184.000 habitants, il n'y avait que 544.372 nobles qui fussent en possession des droits du citoyen. La législation, l'établissement des impôts, l'election des magistrats et des juges, l'éligibilité aux dits emplois, la décision des travaux publics à exécuter, et enfin la possession du sol - étaient privilèges de la noblesse, donc d'un vingtième de la population. Par contre c'est au reste de la population qu'incombaient les charges et les devoirs. C'étaient les non nobles qui payaient seuls des impôts, qui exécutaient les travaux publics, qui labouraient le sol, qui fournissaient les recrues pour l'armée et ce sont eux qui étaient administrés par les magistrats et jugés par les juges que la noblesse avait élus.
Tout cela fut aboli en 1848.
Ce fut le 15 mars 1848 que le peuple de Pest, conduit par les étudiants, Petőfi et Jókai en tête, proclama les voeux de la nation hongroise. Ces voeux furent rédigés en 12 points. Ces 12 points, introduits par la devise "Paix, liberté, solidarité" comprenaient les revendications suivantes: 1. Liberté de la presse et abolition de la censure, 2. ministère responsable résidant à Budapest, 3. parlement représentatif, 4. égalité civile et religieuse, 5. garde nationale, 6. égalité en matière d'impôts, 7. abolition des charges féodales, 8. jury, 9. banque nationale, 10. serment prêté par l'armée à la constitution, 11. libération des prisonniers politiques, 12. Union avec la Transsylvanie.
La proclamation "de l'égalité, de la liberté et de la fraternité" terminait la liste des douze voeux.
Le peuple ne s'arrêta cependant pas aux désidérata. Deux de ses revendications furent spontanément réalisées par lui même. Un poème révolutionnaire de PETŐFI fut immédiatement imprimé ainsi que les 12 points, sans autorisation préalable, en supprimant de la sorte la censure par l'action directe et en forçant le gouvernement d'approuver cette initiative populaire. L'autre victoire remportée par le peuple le même jour, à été la libération de l'écrivain TÁNCSICS, détenu pour délit de presse.
Les autres voeux ne pouvaient être réalisés que par voie législative. Mais là encore le roi et son gouvernement ne tardèrent pas à ceder devant la poussée des masses et de l'opinion publique. Un mois à peine écoulé - la transformation de la Hongrie sur des bases sociales nouvelles et d'après les principes démocratiques de l'époque était un fait accompli. Le roi sanctionna le 14 avril 1848 les lois votées par la CONSTITUANTE HONGROISE, dont la promulgation avait déjà été contre-signée par le président du nouveau ministère, le comte Louis BATTHYÁNY.
Un ministère responsable fut donc institué (III. loi), le parlement fut basé sur les principes représentatifs (IV. et V. loi), l'union de la Hongrie et de la Transsylvanie fut rétablie (VII. loi) et par là l'unité de la nation hongroise réalisée. L'égalité de la noblesse et du peuple en matière d'impôt (VIII. loi) de même qu'en matière civile et pénale (XI. loi) fut établie. Les servitudes (IX. et XII. loi), le régime foncier féodal (XV. loi), et la dime ecclésiastique (XIII. loi) furent abolis. L'abolition de la censure "pour toujours", la liberté de la presse (XVIII. loi), la liberté de l'enseignement (XIX. loi), fut l'égalité des confessions établies (XX. loi) furent garanties. L'organisation de l'Université (XIX. loi) et la création d'un théâtre national (XXXI. loi) décidées. Enfin une garde nationale fut instituée pour sauvegarder l'ordre et la liberté (XXX. loi).
La proclamation de l'Unité nationale de tous les Magyares et la transformation démocratique de leurs lois ne tardèrent pas à éveiller la jalousie des peuples qui les entouraint.
Poussée par les vaines promesses de la réaction autrichienne, les Croates, les Serbes, les Roumains, et les Saxons se prononcèrent contre l'oeuvre pacifique et unificatrice de la révolution hongroise, et d'accord avec l'Autriche gouvernementale ils prirent les armes. La guerre entre la Hongrie et l'Autriche éclata.
C'est grâce à l'enthousiasme universel des Magyars dû aux réformes démocratiques dont bénéficiait le peuple entier, que la Hongrie put persister pendant plus d'une année dans la défense de son indépendance. Ce n'est que devant le nombre écrasant des armées réunies de l'Autriche et de la Russie que les Hongrois ont succombé.
On peut juger cette guerre comme on voudra, il faut reconnaître cependant que la Hongrie représentait bien en ce moment l ’idée du progrès. L'histoire et les historiens en sont les témoins.
La révolution d'Octobre 1848 à Vienne éclata pour empêcher les troupes autrichiennes de marcher contre la Hongrie et pour défendre ainsi les oeuvres et l’esprit e la révolution hongroise. Parmi les historiens le socialiste ENGELS qui certes ne saurait être accusé de nationalisme, témoigne dans le même sens.
"... La prépondérance numérique est énorme," ditil en parlant de la révolution hongroise. "Toute l'Autriche, 16 millions de Slaves fanatisés à la tête, contre 4 millions de Magyares!... C'est la première fois depuis 1793 qu'une nation, entourée des vagues de la contre-révolution, a osé opposer à la lâche terreur des contre-révolutionnaires, l’extase revolutionnaire, a osé opposer à la terreur blanche la terreur rouge."
En effet l'époque glorieuse de notre révolution et la lutte héroïque pour notre liberté en 1848/9 méritent d'être comparées aux événements de la France. Dans un milieu plus restreint, peut-être avec un peu moins de sang au début, mais, hélas! finalement avec moins de succès et non moins de victimes, c'est la même transformation politique et sociale qui s'est opéré chez nous comme en France. Le 15 Mars fut le berceau de nos liberté, notre fête nationale, comme le 14 Juillet le fut pour la France. Et de même que l'unité nationale de la France se heurta en Alsace et à Avignon à l'influence étrangère, l'Union nationale de la Hongrie rencontra des résistences en Croatie et en Transsylvanie, en aboutissant à l'époque glorieuse mais tragique de notre guerre de liberté.
En affirmant que ce sont les libertés civiques et nationales de son pays que KLAPKA a défendues; en le montrant fervent adhérent des réformes radicales et général victorieux de la défense nationale, nous avons replacé la grande figure de KLAPKA dans le cadre qui lui convient. Tous ceux qui n'ont pas perdu la foi dans le progrès inauguré par la grande révolution, pourront apprécier le rôle qu'il a joué.
Genève, le 15 mars 1910
DR. ANDRÉ DE MÁDAY
privat-docent de Sociologie ô l'Univeisité de Genève,
président honoraire de la Hungaria.