Kalmár Anikó
Les nouvelles muses, 1633
TABLE DES MATIÈRES, INTRODUCTION
Table des matières
Introduction
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER - UN TYPE DE PUBLICATION ORIGINAL
I.1. Les recueils collectifs
I.2. La présentation du recueil de 1633
CHAPITRE II. - MALHERBE, SON CERCLE ET SA LEÇON
II.1. Pour l'approche d'un homme et d'une oeuvre
II.2. Malherbe, pédagogue
II.3. Enfin Malherbe vint
II. 4. La doctrine de Malherbe
CHAPITRE III. - LA VEINE ENCOMIASTIQUE
III.1. La poésie de circonstance
III.2. L'histoire de l'ode en France
III.3. Les odes publiées dans Les Nouvelles Muses
III.3.1. Godeau, Ode au Roy
III.3.2. Chapelain, Ode à Monseigneur le Cardinal, duc de Richelieu
III.3.3. Racan, À Monseigneur le Cardinal, duc de Richelieu
III.3.4. Maynard, Ode à Monseigneur le Cardinal
III.3.5. L'Estoile, À Monseigneur le Cardinal, duc de Richelieu
III.3.6. Desmarets, Discours de la poésie
III.3.7. Baro, À Monseigneur le duc d'Alvin
CHAPITRE IV. - LE VEINE RELIGIEUSE
IV.1. Les paraphrases de psaumes
IV.2. La poésie religieuse de Malherbe
IV.3. Malleville, Paraphrase du psaume Super flumina Babylonis
IV.4. Habert, Paraphrase du psaume L. Miserere
CHAPITRE V. - LA VEINE LUDIQUE
V.1. Vers sur une statue de Didon
V.2. L'oeuvre d'art et sa description littéraire
DEUXIÈME PARTIE
LES NOUVELLES MUSES DES SIEURS GODEAU, CHAPELAIN, HABERT, BARO, RACAN, L'ESTOILE, MENARD, DESMARETS, MALLEVILLE ET AUTRES, PARIS, ROBERT BERTAULT, AVEC NOTES ET NOTICES
TEXTES ET COMMENTAIRES
La présente édition
Antoine de Godeau
Ode au Roy
Jean Chapelain
Ode à Monseigneur le Cardinal, duc de Richelieu
Racan
À Monseigneur le Cardinal, duc de Richelieu
François de Maynard
Ode à Monseigneur le Cardinal
À Monseigneur de Bautru introducteur des ambassadeurs
À Monseigneur Le Cardinal, duc de Richelieu
Claude L'Estoile
À Monseigneur le Cardinal, duc de Richelieu
Desmarets de Saint-Sorlin
Discours de la poésie
Balthazar Baro
À Monseigneur le duc d'Alvin
Claude Malleville
Paraphrase du psaume Super flumina Babylonis
Jean Habert, Paraphrase du psaume L. Miserere
Vers sur une statue de Didon
Pro marmorea et insigni statua Didonis ensem manu tenentis
Conclusion
Annexe I
Annexe II
Bibliographie sommaire
Introduction
Dans le présent travail, nous proposons l'édition commentée d'un recueil de poésie du XVIIe siècle, Les Nouvelles Muses des sieurs Godeau, Chapelain, Habert, Baro, Racan, L'Estoile, Menard, Desmarets, Malleville et autres, publié à Paris, chez Robert Bertault, en 1633. Il s'agit d'un volume étrange, étant l'oeuvre commune de plusieurs poètes. Une anthologie, dirait-on de nos jours, mais, à l'époque, ce type de publication répond à une série d'exigences autres que celles d'aujourd'hui.
Au XVIIe siècle, un recueil collectif, c'est d'abord une revue littéraire, ou au moins l'ancêtre de nos publications modernes de ce nom. A une époque où la presse périodique est à peine née - en 1611, le libraire Jean Richer a créé le premier périodique français, Le Mercure francoys, puis en 1631 Théophraste Renaudot a fondé La Gazette-, et où sa périodicité n'est pas encore assurée, les publications de ce genre passaient encore pour des événements. On n'a qu'à imaginer ce que ces parutions représentaient pour le public mondain des salons littéraires, toujours en quête de nouveautés. Les éditeurs des recueils collectifs réunissant les productions poétiques les plus récentes ont pu compter sur l'intérêt soutenu de ce milieu. Car un recueil collectif, c'est avant tout cela: montrer au public les dernières nouveautés. Comme tels, ces volumes deviennent médiateurs des forces et des modes littéraires de l'époque.
La parution d'un recueil collectif passe pour un événement social aussi bien que littéraire. Notons que ce type de publication frappe avant tout par sa nouveauté et par la diversité des auteurs. Il rivalise alors avec les OEuvres poétiques de toutes sortes qui -quoique attendues et félicitées -, ne proposent, dans la majorité des cas, qu'une collection d'écrits en partie ou entièrement connus.
La sortie des presses d'un recueil collectif, d'une nouveauté incontestable, ne peut manquer d'éveiller l'intérêt du pouvoir place, surtout à une époque où le régime politique tend vers plus de centralisation monarchique. Ainsi, l'événement littéraire devient affaire publique, voire même politique. Les Nouvelles Muses offrent également cette caractéristique, dans la mesure où il s'agit d'un recueil destiné à glorifier la politique de Richelieu. Y participer signifie prendre publiquement une position politique. Les poètes attachés au service du Cardinal offrent leur plume à la cause monarchique. Leur statut de poète officiel nous permettra de développer quelques réflexions sur le sens de l'engagement poétique et sur la place de l'écrivain dans la société.
Le caractère circonstanciel n'est pas l'unique spécificité des Nouvelles Muses. Outre que les poètes ne cachent pas leur dévouement à l'ordre établi, ils sont tous étroitement liés par leur conviction artistique. Antoine Adam définit ce recueil comme l'oeuvre de «l'équipe des Malherbiens». On y voit figurer, sous l'égide du maître, Maynard et Racan, les brillants disciples et à leurs côtés de jeunes poètes reconnaissant l'enseignement de François de Malherbe. Nous sommes ainsi tout légitimement amenée à nous interroger sur l'essence de la fameuse réforme malherbienne, sous l'empreinte de laquelle ces jeunes poètes se placent par une sincère conviction.
Précisons que notre but n'est pas de juger les pièces publiées dans Les Nouvelles Muses du point de vue artistique. Ces textes mettent souvent le lecteur à rude épreuve: celle de la lecture de textes qui constituent un «fatras de louanges». Ce sont des poèmes encomiastiques conçus sur le modèle des grandes odes de Malherbe: ils sont guindés, pompeux, éloquents et leur valeur poétique laisse beaucoup à désirer. Mieux vaut donc de ne pas se laisser emporter par les considérations d'ordre esthétique. D'autant plus que les contemporains, déjà, avaient jugé très différemment ces textes. Citons l'exemple de l'Ode à Richelieu de Chapelain, admirée par le public et anéantie par la critique vétilleuse de Costar.
En tout cas, l'ode encomiastique, genre majestueux et grandiose, s'adapte parfaitement aux attentes de l'époque. Les poètes s'y adonnent en espérant obtenir la reconnaissance officielle, tandis que le pouvoir est très fier de se voir flatté par ses adulateurs éloquents. Richelieu ne manque pas d'encourager ses poètes à pratiquer ce genre digne de l'apparat du pouvoir. Les auteurs des Nouvelles Muses prétendent suivre le chemin frayé par Malherbe. Ils se souviennent des odes, où leur maître s'était illustré à la sortie des guerres de Religion. Ils imitent leur modèle, mais les résultats de leurs entreprises sont de succès inégal.
...
Les pièces publiées dans Les Nouvelles Muses illustrent parfaitement leurs efforts pour être conformes à une discipline, mais elles font également la preuve de leur indépendance. Car malgré le respect que ces jeunes poètes gardaient pour Malherbe, il y a un certain écart entre les poèmes qu'ils écrivent et l'idéal malherbien. Dans notre travail nous proposons l'analyse de leurs poésies, tout en essayant de démontrer en quoi consiste leur fidélité ou leur autonomie par rapport à la fameuse doctrine.
Et là n'est pas tout l'intérêt de notre recueil. Ce volume est également digne d'attention du point de vue bibliographique: il s'agit en effet de deux livres reliés ensemble. La première partie, de la page 3 à la page 119, contient des pièces de Godeau, Chapelain, Racan, Maynard, L'Estoile, Desmarets et Baro. Après ces poèmes, on trouve une nouvelle page de titre, par cette désignation: Divers auteurs. Cette seconde partie paginée de 1 à 45 est elle aussi divisée en deux séries. La première (pp. 1-26.) porte en tête le titre suivant: «Vers sur une statue de Didon, faite en marbre par Cochet, et donnée à Monseigneur le Cardinal de Richelieu» et rassemble 54 poèmes non-signés, dont 2 madrigaux, 5 sonnets et 47 épigrammes, tous écrits en français. La deuxième série (pp. 27-45), est introduite par cette inscription latine: «Pro marmorea et insigni statua Didonis ensem manu tenentis. A Nobiliss. Duce Monmorencio, illustriss. Et omnium celeberrimo Cardinali Richelio, rerumque gallicarum sapientiss. Moderatori dono data» à laquelle succèdent 48 poèmes. Ces 22 épigrammes et 26 distiques, eux aussi non signés, sont écrits en latin.
Nous avons donc affaire à un volume bien composite, dont les deux parties sont à examiner séparément, comme les résultats d'entreprises poétiques bien différentes. Dans nos analyses, nous nous concentrerons sur la première partie qui détermine l'aspect principal du recueil, tandis que pour la seconde, nous nous contenterons de décrire le phénomène littéraire que cette collection de poèmes représente.
Ainsi, les chapitres de notre travail s'organisent selon les exigences du recueil qu'ils se proposent de commenter. D'où une certaine diversité des thèmes. Nous avons toutefois essayé de concentrer nos investigations sur un thème précis - qu'il s'agisse des odes encomiastiques, des paraphrases de psaumes ou des résultats d'un jeu poétique -, à savoir la poésie de circonstance sous le règne historique de Louis XIII et sous le règne artistique de François de Malherbe.