Promenades poétiques
TABLE DES MATIÈRES, PRÉFACE
Table des matières
PRÈFACE
LES AUTEURS
Kinga Csizmadia
Jakab Daróczi
Veronika Farkas
Fanni Filyó
Blanka Halápi
Nils Renard
Kinga Sümegi
Csillag Tarnai
I. «JE SUIS POÈTE, MES TALENTS SONT NOMBREUX»
Kinga Csizmadia: Art poétique
Jakab Daróczi: Je suis poète, mes talents sont nombreux...
Veronika Farkas: Je suis «Poétesse»
Blanka Halápi: Je suis poète, mes talents sont nombreux...
Morten Nissen: Je suis poète...
Kinga Sümegi: Je suis poète, mes talents sont nombreux...
Csillag Tarnai: Je suis poète, mes talents sont nombreux...
II. LA VILLE
Kinga Csizmadia: Budapest, Statue de la Liberté
Jakab Daróczi: Bonjour mon amour!
Flóra Farkas: La promenade ruminative
Veronika Farkas: Envie de partir
Blanka Halápi: Souvent, quand le sommeil m'évite...
Klaudia Illés: L'arrivée du printemps, une belle floraison...
Kinga Sümegi: Balatonszéplak-alsó
III. POÈSIE EN VERS
Kinga Csizmadia, Klaudia Illés: Cette chronique secrète et volumineuse...
Veronika Farkas, Blanka Halápi, Csillag Tarnai: Trois demoiselles - une création
IV. L'AUTOMNE RÉPOND AU POÈTE
Veronika Farkas: L'arrivée de l'automne
Blanka Halápi: L'apologie de l'automne
Csillag Tarnai: Chanson d'automne
V. POÈMES EN PROSE
Kinga Csizmadia: Fermez ce livre...
Veronika Farkas: Le poème...
Blanka Halápi, Csillag Tarnai: Qu'est-ce que c'est, que la poésie?
VI. PERSONNAGES LITTÉRAIRES
Kinga Sümegi: Je ne t'aime pas si tu es mon père...
Blanka Halápi: L'idiot saint
Csillag Tarnai: Estragon et Vladimir
VII. PROSE POÉTIQUE
Kinga Csizmadia: à Judit
Csillag Tarnai: Prose poétique sur le lac Balaton
VIII. POÈMES INSPIRÉS PAR DES IMAGES DE PARIS
Veronika Farkas: L'agonie de l'hiver et le triomphe du soleil
Csillag Tarnai: J'ai visité Paris...
Csillag Tarnai: Qu'est-ce qu'une sculpture ressent...
IX. CHUTE DE POÈMES ET POÈMES À CHUTE
Csillag Tarnai: Le secret de la chute
X. POÈMES À MOTS IMPOSÉS
Blanka Halápi: Ode
XI. POÈMES ÉCRITS À PLUSIEURS MAINS
Le moment où j'ai vu...
Quatre fois un, cela fait un poème
XII. L'INVITATION AU VOYAGE EN FRANCOPHONIE
A bord du bateau voile...
Et je suis partie...
Des nuages oranges...
Les étoiles vivent différemment au Nord...
XIII. RIMBAUD ET L'ART DE LA FUGUE
Fanni Filyó: Papillon
Csillag Tarnai: L'exil
Veronika Farkas: Un nouveau chapitre
Halápi Blanka: «Tu as eu raison de partir, Arthur Rimbaud»
XIV. POÈMES À PLUSIEURS: THÈME LIBRE
Dix minutes...
Poème fabriqué par quatre filles
XV. POÈME À BASE DE MOTS DONNÉS
Fanni Filyó: «L'invitation au voyage»
Blanka Halápi: Incendies
Csillag Tarnai: A ne pas raconter aux adultes
XVI. A PROPOS DE HUGO
Fanni Filyó: C'est une nuit d'hiver
Csillag Tarnai: Vous
XVII. SENSATION ET SAISONS
Fanni Filyó: Le réveil du printemps
Fanni Filyó: Le silence
Csillag Tarnai: J'ai froid
Veronika Farkas: Les saisons et les Lions
Halápi Blanka: Renaissance
XVIII. PERSONNAGES HISTORIQUES
Veronika Farkas: Louis XVII - Le Petit Louis
XIX. IL Y A... UN POÈME
Kinga Csizmadia: Noir et blanc
Veronika Farkas: Il était une fois un pont magnifique...
Fanni Filyó: Il n'y a pas
Nils Renard: Vague marine
Csillag Tarnai: Oubliez
XX. PROMENADES SOLITAIRES
Kinga Csizmadia: 48° 51' 12 N; 2° 20' 55 E
Veronika Farkas: Quel secret la forêt magique cache-t-elle?
Veronika Farkas: Vingt-cinq kilomètres
Blanka Halápi: Le réveil de Tatyana
Nils Renard: Poème en hongrois
Préface
Au seuil de ce recueil, il est nécessaire de prendre toute la mesure de l'immense défi que constitue la publication d'une oeuvre littéraire collective, et en particulier d'une oeuvre poétique. Défi contre le sentiment d'inutilité qui menace toujours de recouvrir tout effort de nature littéraire, défi contre «le vide papier que la blancheur défend», défi encore contre les obstacles du temps et de la matière, propres à toute entreprise humaine, et défi contre soi-même, contre la gêne à écrire de la poésie et à faire de la poésie au XXIème siècle, alors que tous les codes poétiques semblent avoir été abolis et que la place du poète dans la cité n'est plus celle qu'elle a pu être en d'autres temps. Dans ce défi, toutefois, la possibilité d'écrire collectivement et l'immense soutien apporté par les institutions, qui ont d'emblée souhaité parrainer cet ouvrage, ont joué un rôle essentiel pour faire de ce qui n'était qu'un exercice de langue et d'écriture, une oeuvre en soi.
Cette oeuvre est née dans un environnement de travail unique, et qu'il convient ici de présenter au lecteur. On pourra comprendre ainsi l'originalité de ce recueil poétique, qui ne cache pas ses origines laborieuses, ni la dimension d'apprentissage constant qui a présidé à sa naissance. L'Atelier Sauvageot, qui est l'auteur collectif de ce texte, est constitué des étudiants spécialisés en français du Collegium Eötvös. Cet atelier de travail porte le nom de l'illustre prédécesseur de toutes les lectrices et tous les lecteurs de français du Collegium Eötvös, Aurélien Sauvageot. En tant que lecteur de français cette année, mandaté, comme le veut la tradition, par mon institution d'origine, l'Ecole Normale Supérieure de Paris - Université PSL, je fus donc introduit dans cet atelier de travail déjà très autonome, doté d'un esprit de corps et d'un sentiment d'amitié collective très porteur, comme un nouveau général à la tête d'une armée déjà illustre, et j'appris autant d'eux qu'ils apprirent, j'ose l'espérer, de moi. Le choix de la poésie pour thème de l'année s'imposa à nous tous comme une évidence. Nous entreprîmes alors de relire et d'étudier toute la poésie française, en partant de ses origines médiévales, et cette exploration de la poésie constitua comme le fond sonore de la symphonie poétique à laquelle nous nous attelâmes. L'autre temps de cet atelier fut bien sur l'écriture, hebdomadaire, des poèmes, avec un thème nouveau à chaque fois et des règles à respecter ou à dépasser, selon l'humeur du moment. Au groupe initial de l'Atelier Sauvageot, s'adjoignirent parfois, comme des visages croisés sur un long chemin, les amis de l'Atelier, de passage éphémère ou plus régulier.
Le choix de la poésie pour apprendre une langue et la pratiquer n'est pas une évidence. C'est même tout le contraire: la poésie est souvent considérée comme l'acmé d'une langue et d'une littérature, la forme d'écriture qui impose une maîtrise parfaite de la langue, de ses codes, de ses structures et de sa mélodie, et, à cet égard, elle serait réservée aux parfaits locuteurs de la langue. On pourrait en effet douter que des poètes comme Stéphane Mallarmé ou Paul Valéry soient les plus accessibles pour une personne apprenant le français. Il semblerait encore plus difficile de demander à des étudiants étrangers, même aussi doués que ceux de cette institution d'excellence, et qui m'ont sans cesse surpris par leur aisance dans cette langue française dont j'ai mesuré, en l'enseignant, la complexité, d'écrire des poèmes. On s'étonnerait encore plus de commencer par l'écriture d'un poème pour apprendre une langue aussi étrangère aux langues indo-européennes, et pourtant si étonnamment mêlée à elles, comme un morceau d'un autre univers mais habillé de l'alphabet latin, que l'est la langue hongroise. C'est ce paradoxe que l'Atelier Sauvageot a assumé et a mené sur toute une année, avec une passion croissante, sans jamais trembler de s'en prendre à la poésie pour pratiquer une langue étrangère. Tandis que les membres de l'Atelier rédigeaient les poèmes en français qui forment l'essentiel du corpus présenté ici au lecteur, je me lançai dans l'écriture du seul poème hongrois présent dans ce recueil, du haut de mes deux mois d'apprentissage solitaire du hongrois: avec l'aide précieuse des étudiants qui ont relu ce poème, l'audace a payé et un poème est né, tandis que leur propre épopée linguistique et poétique a formé ce recueil.
Nous fumes donc tous impliqués dans une épreuve linguistique autant que poétique, face à deux obstacles immenses: une langue étrangère et la langue poétique. Ecrire dans une langue étrangère peut déjà paraître difficile, tandis que l'écriture poétique implique, également, une forme d'extranéité à la langue quotidienne, si bien que les deux écritures imposent une certaine distance et l'impossibilité de l'immédiateté du discours. La poésie parut et s'affirma néanmoins comme une langue transcendante plutôt qu'un obstacle dans cette double entreprise, un espace commun implicite, permettant à chacun de progresser dans les langues, française et hongroise, en recourant à cet instrument de remise en cause du mot et du monde qu'est la poésie. En un sens, nous poursuivîmes l'entreprise rimbaldienne, esquissée dans la lettre du 15 mai 1871 à Paul Demeny, dite «Lettre du voyant», résumée par cette brève formule: «trouver une langue». Rimbaud a en effet paru chercher dans la poésie une autre langue, la recomposer, lui qui, une fois installé à Aden, avoue ne plus pouvoir supporter les moeurs ni même «la langue de l'Europe», et préférer ainsi rester dans un environnement linguistique tout autre, après avoir maîtrisé à la perfection le français et les codes poétiques et les avoir recomposés entièrement. L'apprentissage des langues est finalement un exercice poétique similaire: il s'agit de franchir une frontière dans la langue et la pensée, de décomposer le rapport des mots et des choses, du signifiant et du signifié, et de parer toute chose d'un nouveau son, d'une nouvelle mélodie, à la façon d'une nouvelle genèse. Nous éprouvâmes tous ce choc, cette interrogation sur les mots, sur le monde, en employant non pas une, mais deux autres langues, la poésie acquérant ainsi le statut de langue rejoignant nos entreprises et leur donnant un terrain commun. Nous fumes comme jetés dans Babel mais avec la poésie comme dictionnaire.
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