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Byzance et l'Occident V.

Ianua Europae

TABLE DES MATIÈRES, PRÉFACE


Table des matières


Emese Egedi-Kovács: Ianua Europae - Préface

PASSAGE ENTRE DIFFÉRENTS GENRES LITTÉRAIRES, ÉPOQUES ET CULTURES
Andrea Ghidoni: Saint Théodore, Saint Georges, Digénis Akritas, Aiol: types et motifs héroïques qui traversent la Méditerranée et l'Europe
Kiss Sándor: Narration, progression textuelle et articulation du récit dans La Conquête de Constantinople de Villehardouin
Katalin L. Delbó: Der byzantinische Roman im theatron
Romina Luzi: L'émergence du narrateur dans les romans paléologues
Andrea Ghidoni: Le roman médiéval selon la poétique historique russe: notes en marge sur la relation entre tradition littéraire et mythologie
Paul-Victor Desarbres: Le détour de Constantinople: remarques sur l'utilisation du thème des croisades durant les guerres de religion chez Blaise de Vigenère
Benoît Grévin: La correspondance diplomatique entre la cour de Sicile, Byzance et la papauté au XIIIe siècle. Autour de la collection de lettres d'Innsbruck
Elena Nonveiller: La festa dei Rosalia a Bisanzio: un esempio di ricezione e risemantizzazione del paganesimo antico

REGARDS SUR LA HONGRIE MÉDIÉVALE
Judit Csákó: La Hongrie et les Hongrois du IXe au XIIIe siècle au miroir des sources narratives françaises. Bilan d'une recherche
Levente Seláf: Le Contexte de la présentation de la Hongrie dans le Livre de la description des pays de Gilles le Bouvier
Nils Renard: Les Chroniques juives de la Première Croisade: Conceptions de l'Histoire juive et représentations des royaumes chrétiens, sur la route vers Byzance
Géza Szász: Comment lire le récit de voyage médiéval? Analyse du corpus de Hongrie: le paysage

L'HÉRITAGE MANUSCRIT
Tamás Mészáros: Tracking a Textual Emendation. Further Notes on the Manuscript Monacensis Graecus 150
Filippo Ronconi: Le pape Zacharie, le Vat. gr. 1666 et la procession du Saint-Esprit. Essai de paléographie reconstructive
Linda Németh: Les variations manuscrites des récits de rêves d'animaux



Préface

Le titre "Ianua Europae" du présent volume, qui s'inscrit dans une série de publications intitulée Byzance et l'Occident, signifie en latin 'Porte de l'Europe'. Le mot ianua est issu du nom de Janus, le dieu romain de la transition, des commencements et des fins, des entrées et des sorties, des passages (iani), des choix, et des portes (ianuae). Ce dieu est bifrons (à deux têtes), avec deux visages opposés, ce qui lui permet de voir à la fois devant et derrière lui, de se tourner vers le passé et vers le futur. Janus est même considéré comme ianitor, le 'gardien des portes', tenant une clé dans la main selon sa représentation traditionnelle. Janus est l'un des dieux les plus anciens du culte romain, cependant il semble assurer une certaine continuité, dans le sens où sa figure paraît être gardée dans la culture chrétienne: Saint Pierre, le gardien de la porte du ciel, montre une similitude évidente avec lui.

Par le choix du titre de notre recueil nous tenons à insister sur les trois aspects essentiels que le dieu Janus représente: la porte / la transition / le passage - la dualité / l'ambivalence - et la garde / la vigilance / le maintien de l'héritage.

Dans notre contexte, au Moyen Âge, à l'aube de la naissance de l'Europe moderne, on peut dire que l'Empire byzantin - ce qui restait de l'Empire romain dans sa partie orientale - fut une sorte de porte et de passage. Byzance fut l'intermédiaire dans le temps et dans l'espace: entre l'Antiquité et le Moyen Âge, la culture païenne et la culture chrétienne, entre l'Est et l'Ouest, entre des Latins et des hellénophones. C'est Byzance même qui assure la continuité et le maintien de l'héritage. Au niveau de la langue et de la littérature: alors qu'en Europe occidentale la culture "hellénique" considérée comme païenne fut refusée ou plutôt ignorée, à Byzance - dont les habitants étaient caractérisés eux-mêmes par une ambivalence (ils se considéraient comme des Romains, se nommant "Ρωμαίοι" 'des Romains', alors qu'ils parlaient en grec) - on ne cessait de lire, de copier et d'enseigner les oeuvres des auteurs grecs antiques. C'est ainsi que la plupart des ouvrages de poètes, de rhéteurs, d'historiographes ou de philosophes grecs, aujourd'hui tant appréciés, nous sont parvenus. Byzance a donc pour ainsi dire veillé à l'héritage culturel des Grecs anciens, l'héritage qui fait aujourd'hui sans aucun doute une partie précieuse et intégrante de l'identité et du patrimoine européens. Cependant par transition nous entendons également le passage d'un genre à un autre, le caractère multi- générique de certains genres littéraires de l'époque (notamment du roman byzantin), la survie et le renouveau des genres antiques sous de nouvelles formes christianisées, alors que de ce processus résulte souvent l'ambivalence des messages véhiculés par telle ou telle oeuvre, dont l'auteur tentait certainement d'intégrer l'héritage païen au service de l'idéologie chrétienne. En outre, le terme transition se lit également au sens tout-à-fait concret, par lequel on renvoie à la transmission de messages, à la correspondance entre les cours d'Europe et de Byzance.

Toutefois, la porte peut se lire dans un autre sens aussi, que nous soulignerions avec une partialité pardonnable, espérons-nous: au Moyen Âge la Hongrie faisait office de porte, un passage entre l'Est et l'Ouest (la route vers Byzance et la Terre Sainte des pèlerins et des croisés menait pendant longtemps à travers ce royaume). Ainsi, dans le deuxième chapitre du volume, nous nous permettons de porter un regard sur la Hongrie médiévale, examinant son rapport avec Byzance et les autres pays d'Europe et l'image que ces derniers se faisaient d'elle. Par ailleurs, tout comme au Moyen Âge, la Hongrie se montrait une fois de plus comme une porte et un passage lors du colloque international Byzanz und das Abendland / Byzance et l'Occident VI. organisé par le Collège Eötvös József ELTE (Budapest, les 16-19 avril 2018), dont nous proposons les actes réunis dans ce volume: avec la participation des chercheurs venus de différents pays et représentant différentes disciplines, cette rencontre scientifique a donné lieu à des discussions interdisciplinaires et à des réflexions stimulantes ouvrant de nouvelles voies et perspectives de recherche.

Quant à la notion de la garde / la vigilance, dans le sens de "surveiller" et de "maintenir", elle se lie sans doute à nos disciplines: l'objectif des recherches des auteurs du volume, qu'il s'agisse des médiévistes, des paléographes, des philologues, des littéraires ou des historiens, est de conserver les monuments du passé, notamment l'héritage manuscrit, à les rendre accessibles à la postérité, au public moderne. Nous sommes persuadés que sans passé il n'y a pas de présent: les cultures et les langues anciennes loin d'être un fardeau pesant sont des sources de savoir et de compréhension. Tout comme Janus, nous tournons donc le visage à la fois vers le passé et vers le futur, cherchant à maintenir cet héritage fort précieux et à en montrer les aspects intéressants et parfois toujours actuels.

Je souhaite que ce recueil soit une vraie porte au lecteur: porte et ouverture à de nouveaux savoirs, de nouvelles méthodes et d'aspects de recherches, ainsi qu'à de nouvelles connaissances et des découvertes concernant les monuments hérités de l'époque médiévale.

Emese Egedi-Kovács


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